III) Influence de la société sur le monde sportif

Nous avons vu que le sport exerce un certain rôle et a une certaine influence dans la société, mais l’inverse n’est-il pas également vrai ?

A) La mondialisation, l’évolution de la société et ses conséquences sportives

Quelles influences a et a eu la mondialisation sur le sport ? Quel est l’impact sportif du développement de nouvelles technologies ?

1) La diffusion des sports au XIX ème siècle

La nouvelle «économie monde» dominée par l'Europe et les États-Unis à la fin du XIX ème siècle met en mouvement les populations à travers le globe. Commerçants, industriels, militaires, étudiants ou simples migrants répandent les pratiques sportives de leur pays d'origine. Cette mobilité est favorisée par l'apparition de nouveaux moyens de navigation, par exemple le bateau à vapeur, ou l'ouverture de routes maritimes plus rapide comme le Canal de Suez. Sur terre, l'extension du réseau de chemin de fer assure le transport des hommes, des marchandises, et des idées.

2) La division internationale du travail s'est renforcée ces deux dernières décennies du fait de la mondialisation

a) Un marché mondial des joueurs

Une nouvelle division internationale du travail (D.I.T.) réorganise l’espace sportif planétaire. Les pays riches du Nord attirent les sportifs professionnels, tandis que, des « zones de production » au Sud les exportent, principalement des régions comme Amérique latine ou l’Afrique. Ces pays d’exports bénéficient de leur culture sportive, de la qualité ou du faible coût de leurs formations, de la jeunesse et de l’essor démographique de leur population.

b) Des spécialisations

Dans les pays développés, les sports sont en forte concurrence. La progression des activités physiques ludiques et de loisir, tels que le VVT ou le roller, détourne une partie des jeunes des classes moyennes et supérieures de certains sports individuels ou disciplines dans laquelle la progression ne passe que par un entraînement particulièrement dur. C'est le cas en demi-fond et fond, où le niveau de plusieurs États occidentaux a régressé ces deux dernières décennies faute de coureurs, laissant le champ libre aux pays africains. Ainsi, le record actuel du 800m est détenu par le kényan David Rudisha avec un temps de 1 min 41 s 01, et le record du 5000m chez les femmes a été battu en 2008 par l’éthiopienne Tirunesh Dibaba en 14 min 11 s 15.

3) Du progrès de la société, des nouvelles technologies, au progrès sportif

a) Du sport partout

Le développement des moyens de communications permet de suivre en temps réel les épreuves dans le monde entier. Dans le monde, 4,5 milliards de spectateurs peuvent maintenant voir les épreuves et recevoir des informations relatives aux Jeux olympiques. Ainsi, la quantité des retransmissions des JO de Beijing en 2008 a doublé par rapport à celle réalisée durant les JO d'Athènes de 2004.

b) Le sport virtuel

Avec internet et le développement technologique des jeux vidéo, on peut désormais faire du sport chez soi, devant son écran de télévision. Avec des consoles comme la Wii, les jeux vidéo deviennent une activité sportive à part entière, le joueur reproduisant les gestes du golfeur ou du skieur. Depuis la fin des années 90, l’electronic sport a même engendré son propre système de compétition. Des championnats du monde sont organisés, avec à la clef médailles et gains financiers. En Corée du Sud, les gosu, champions de la discipline, sont de véritables stars, des rencontres sont même retransmises à la télévision.

c) Le progrès sportif grâce à de nouveaux équipements plus performants

Nous allons prendre comme exemple le ski. Entre les skis particulièrement performants de l'époque moderne et les "planches" des très anciens inventeurs du ski, les évolutions ont été considérables. Les formes, les dimensions et les matières se sont transformées au gré des lieux et des cultures pendant des siècles jusqu'à ce que l'accroissement du nombre des pratiquants incite de vrais techniciens à les améliorer de manière décisive.

Le problème des fixations

Utiliser des skis de façon pratique n'est possible que s'ils sont fixés aux pieds d'une manière sûre. Les lanières de nos ancêtres n'étaient guère valables en ce sens. Les fixations ont donc progressivement été munies d'"étriers", de "talonnières", de "leviers" et autres accessoires indispensables. On n'a réussi à les rendre vraiment fiables que dans les premières décennies du XXe siècle.

Les grandes dates de l’évolution du ski

1887 : l’usage de deux bâtons s’impose en ski de fond. Jusque-là, les skieurs n’utilisaient qu’un seul bâton.

1936 : Abel Rossignol invente le ski contrecollé, puis le ski lamellé contrecollé en 1945 (association de lames de bois par collage de bois dur, léger et souple: frêne-sapin ou frêne-bouleau ou frêne-hickory).

1960 : Chaussé du premier ski métallique, l'Allais 60, Jean Vuarnet remporte les Jeux olympiques de Squaw Valley.

1964 : Premier ski en fibre de verre, le Strato.

La guerre des bâtons

Depuis ses débuts, le ski s'est longtemps pratiqué avec l'aide d'un grand bâton dont l'usage va perdurer jusque vers 1910. Malgré les réticences des utilisateurs d'alors, acquis à la mode du bâton unique et sous la pression des skieurs devenus descendeurs, on passa bientôt à la paire de bâtons plus courts. Ceux-ci évoluèrent aussi en taille mais surtout dans leur matière, passant du noisetier au bambou, puis finalement au métal.

Conséquences sur les performances sportives

En 1932, le record du monde de vitesse à ski était de 136 km/h, il est actuellement détenu par Simone Origone qui est allé jusqu’à 251,40 km/h en 2006 !

 

B) Les conséquences sportives des guerres

Comment la guerre a-t-elle pu participer à freiner ou accélérer la diffusion et le développement du sport ? A-t-elle infléchi les trajectoires des sportifs ? Comment et avec quelles conséquences le sport a-t-il investi l'espace des conflits ?

Le conflit latent entre les deux blocs Est et Ouest a largement participé à amplifier l'importance du sport dans les rapports de force internationaux et les enjeux géopolitiques. Au cours de la guerre froide, des années 1940 aux années 1990, la scène sportive est devenue le lieu d'affrontements plus feutrés par champions interposés.

1) Facteurs politiques et économiques des performances

Les deux guerres mondiales ont entrainées un ralentissement dans l'amélioration des records mondiaux. L'Europe est la première région sportive avant la Seconde Guerre mondiale, mais elle doit ensuite reconstruire son territoire et son économie. L'Europe de l'ouest cède alors sa place aux USA et à l'URSS tout en restant bien classée.

L'économie américaine est stimulée par la Seconde Guerre mondiale puis la guerre froide, de ce fait les performances américaines en sport augmentent plus que pour les autres zones, avec un maximum dans les années 70.

La guerre froide est une période particulièrement propice pour battre des records, la compétition sportive étant une forme de l'affrontement idéologique entre les deux blocs. Le nombre de records battus lors des derniers JO, ceux de Séoul en 1988, opposant l'URSS (132 médailles) et les États-Unis (94 médailles), est particulièrement élevé. La Chine (28 médailles) quant à elle augmente fortement sa pente de progression grâce à une politique de réforme du système sportif et des investissements à partir de 1986. Les enjeux politiques, économiques ont donc une influence sur l'évolution des performances sportives, que ce soit au niveau mondial ou local.

2) Conséquences de la Guerre froide chez les athlètes

La performance sportive a toujours été un enjeu de rivalité et de prestige politiques. Durant la guerre froide, les deux blocs soviétique et américain déployèrent des moyens «surhumains» pour rafler le maximum de médailles lors des grands rendez-vous sportifs.

De part et d’autre, on inventa de nouvelles méthodes d’entraînement intensif, on développa des technologies et des équipements à cet effet, et la médecine moderne s’en mêla aussi pour développer la morphologie des athlètes. Les pays de l’Est, notamment la RDA (République démocratique d’Allemagne) et l’ex-URSS, vont surentraîner leurs représentants dès leur plus jeune âge en les bourrant de médicaments et de suppléments alimentaires pour aller toujours plus vite, plus loin et plus haut. La vitrine sportive, employée comme un formidable outil de propagande, sert à vanter les mérites du modèle socialiste. L’utilisation inconsidérée d’anabolisants* et d’hormones devint donc systématique sans prêter la moindre attention aux éventuelles conséquences fâcheuses.

Quelques années plus tard, les effets secondaires se révèlent catastrophiques sur la santé des dizaines de milliers de sportifs de haut niveau. Cancers, stérilité, malformations irréversibles et troubles psychiques, les anciennes icônes continuent à nos jours de payer le prix de cette course forcenée aux titres. Des haltérophiles masculins, à force de prendre des anabolisants, ont été atteints de gynécomastie* et ont dû se faire opérer. Les champions, qui en payent encore les pots cassés, assurent qu’ils ignoraient ce qu’on leur administrait à l’époque.

3) Les conséquences sportives des bouleversements géopolitiques, le sport contraint de s'adapter aux relations internationales

Le XX ème siècle a vu l’apparition de nombreux Etats issus de la décolonisation et de l’éclatement du bloc soviétique. Dans la course à la reconnaissance internationale qui accompagne leur naissance, les Etats se présentent à l’ONU mais candidatent aussi dans les grandes institutions sportives mondiales, telles que la CIO ou la FIFA. Ces évolutions politiques entraînent des bouleversements sur la scène sportive : l’arrivée de nouveaux pays performants rend plus délicat l’accès aux compétitions et les sportifs issus de ces Etats instables ont du mal à rester au plus haut niveau.

Exemple : Les conséquences sportives de l’effondrement du bloc de l’Est

La chute de l’Union Soviétique a entraîné une multiplication des pays, et donc une concurrence plus forte pour accéder aux compétitions. Là où l’URSS ne pouvait présenter qu’un athlète par catégorie, comme au judo, les participants issus des anciennes républiques constituaient au Jeux de Pékin 25 à 40 % du total des concurrents. Nombre d’athlètes ne parviennent plus à se qualifier dans certains sports du fait de l’afflux  des sportifs de l’ex-URSS ou de l’ex-Yougoslavie. Le niveau des athlètes de l’ex-URSS a globalement baissé au très haut niveau. Cette régression est due à une transition économique douloureuse qui a privé le sport des moyens qu’il disposait auparavant, un investissement du pouvoir politique beaucoup plus faible et la perte d’entraîneurs qualifiés partants à l’Ouest. 

C) Des enjeux économiques pèsent sur le sport

La création du Tie Break au tennis est l'un des premiers exemples de la dépendance d'un sport de haut niveau envers la télévision.

Ce qui fait le charme du tennis, c’est la recherche du double écart. Mais c’est aussi le fait d’évoluer dans une dimension où chaque point est du plus grand intérêt, où le temps n’a plus d’importance. Au tennis, il n’est pas permis de gagner du temps, puisque l’on gagne un match en étant le premier à gagner deux ou trois sets, et non, comme en football, en ayant le score le plus élevé dans un laps de temps donné, en l’occurrence 90 minutes. Mais ce qui fait le charme du jeu, et le bonheur des spectateurs, est un casse-tête pour les chaînes de télévision qui retransmettent les grands tournois, il est en effet compliqué de prévoir une grille de programmes stable lors de certaines diffusions de matches.


James Van Alen fut donc mandaté par l'International Tennis Federation pour réfléchir à ce problème et trouver une solution qui permette au tennis de rentrer dans l'ère moderne. Le principe qui a été trouvé est le suivant : lorsque deux joueurs arrivent à 6 jeux partout dans un set, le tie break se déclenche; ce dernier se joue en 7 points avec 2 points d'écart entre les deux joueurs. Le tie break n'existe pas au cinquième set de trois des quatre tournois du Grand Chelem : l'Open d'Australie, Roland Garros et Wimbledon. L'absence de tie break à Wimbledon en 2010 lors du match John Isner - Nicolas a d’ailleurs donné lieu au match de tennis le plus long de l'histoire (11h05 dont 8h11 pour le seul cinquième set).

Le mouvement global de limitation des épreuves sportives dans le temps a été aussi initié en Formule 1, un Grand Prix ne pouvant dépasser 2 heures.

1) La marchandisation du sport

La marchandisation du sport s’installe en force : construction de grands stades, clubs en bourse, salaires faramineux des joueurs, industrie des produits dérivés, corruption des arbitres et des joueurs, dopage pour les joueurs en obligation de résultats, acceptation de la violence des supporters. Quant à la FIFA, c’est une multinationale (fonctionnant avec l’appui de Coca Cola et Adidas) dont les excès sont régulièrement dénoncés.

2) Le sponsoring  

Cet outil marketing regroupe l’ensemble des moyens utilisés par une entreprise pour soutenir un évènement sportif, professionnel ou amateur. Plusieurs types de soutiens sont possibles : financiers, matériels ou techniques. Les marques peuvent décider de sponsoriser un événement ou un joueur. En effet, les sportifs sont au cœur de l’évènement et bénéficient d’une forte exposition médiatique avant, pendant et après les matchs. Le sponsoring donc permet d’offrir une visibilité à l’entreprise, à hauteur de sa contribution, afin d’améliorer ses valeurs, d’augmenter sa notoriété et son image.

Cependant l’impact du sponsoring sportif est aléatoire. Il repose sur l’incertitude des résultats sportifs et sur l’engagement partisan de ses participants et de ses publics. Il arrive que les résultats du sponsoring soit remarquables et que les marques voient augmenter leurs points de notoriété de manière surprenante, tout en économisant davantage d’argent que ce que leur a coûté l’opération de sponsoring. Mais il est également possible que le sponsoring ne soit d’aucune efficacité pour l’entreprise. Le sponsoring est une opération de communication qui nécessite donc une étude préalablement définie. Les objectifs et les cibles de communication doivent être clairement déterminés et le choix du sport sponsorisé est stratégique.

Exemples de sponsoring : investissements moyens par saison

-       En formule 1, un partenariat moyen dans une écurie est estimé à 55 millions d’euros.

-       Comptez 3 millions d’euros pour être partenaire officiel du Tour de France.

-       Au football il faut entre 1 et 3,5 millions d’euros pour être sponsor d’un club de L1.

-       3 millions pour être top partenaire à Roland Garros

-       1,7 million d’euros pour un multicoque et 1,4 million pour un monocoque

 

Une des conséquences du sponsoring chez les sportifs, comme les skippers, qui ont du mal à trouver des sponsors est un devoir de résultats, pouvant être stressant, de perdre son sponsor.

3) Conséquences de la crise sur le monde sportif

En toute logique, la crise économique n’a pas épargné le monde du sport. Néanmoins, l’ensemble les experts s’accorde à dire qu’il est difficile d’analyser les impacts de la crise économique sur le monde du sport dans sa globalité, la notion de «monde du sport » étant imparfaite.

En effet, le sport est un marché éclaté, atomisé et ses typologies d’activités (consommation d’articles sportifs, sponsoring, pratique…) ne sont pas affectées de la même manière par le ralentissement économique. Preuve en est au niveau de la billetterie de spectacles sportifs où l’on ne note pas de réelle baisse de fréquentation. A contrario, le sponsoring dans sa globalité, connaît de manière progressive un ralentissement de son. Il aura fallu par exemple à Romain Mesnil se dénuder pour trouver un nouveau sponsor, quant au skipper Eric Peron, à la recherche d'un sponsor pour la Solitaire du Figaro 2012, il a parodié la série de Canal + « Bref », avec « Bref, je cherche un sponsor », Le nombre de contrats signés a tendance à diminuer et on remarque une baisse assez importante en termes de consommation de services.