I) Le sport fait-il partie de la culture ?

A) Qu'est-ce que la culture ?

La culture, se traduit par des valeurs et des manières de se comporter et de réfléchir communes. La culture se construit dans une société au fil de l'histoire et des contacts avec les autres cultures, elle n'est pas immuable, même si ses changements sont souvent relativement lents.  En sociologie, la culture est définie comme "ce qui est commun à un groupe d'individus et comme ce qui le "soude", c'est ce qui cimente une société, ce qui permet aux hommes de vivre ensemble. Ainsi, pour une institution internationale comme l'UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

B) Le sport ne ferait pas partie de la culture ?

Emmanuelle Castel-Granteral, directrice de la Culture, des Sports et de la Vie Associative au Conseil Général des Côtes-d’Armor, nous éclaire sur ce point : « Si l’on entend la Culture au sens de l’Art vivant (danse, musique, théâtre, cirque, arts de la rue…), des arts visuels, du patrimoine matériel et immatériel, de la lecture et du cinéma, alors non, le sport ne fait pas partie de la culture. En revanche, on parle volontiers de la culture dans le sens des pratiques, des coutumes qui font l’identité collective, le vivre ensemble. Dans ce cas, l’acception est plus large et le sport, à l’instar de la cuisine par exemple fait partie de la culture commune ou culture de vivre. » Le sport ferait donc partie de la culture, plus précisément de la culture commune.

C) Le sport fait partie de la culture

Tout d’abord, quels sont les points communs entre le sport et la culture ?

 « Le sport, comme la culture, à travers la pratique mais aussi la sensibilisation et le spectacle-découverte, participe à l'épanouissement et l'enrichissement de chacun, physique mais aussi intellectuel puisqu'il permet le plaisir, la découverte, le rêve, l'échappement, mais aussi la curiosité et la rencontre de l'autre. Par ailleurs, certaines pratiques culturelles comme la danse ou l'art circassien peuvent aussi être abordées comme des sports au regard de la performance physique » répond Emmanuelle Castel-Granteral.

1) Le sport englobe des systèmes de valeurs

Nous pouvons ainsi citer de nombreux sports. Le Judo, par exemple, a un code moral. Le respect de ce code est la condition première, la base de la pratique du Judo. Ces valeurs sont la politesse, le respect, l'honneur, le contrôle de soi, le courage, l'amitié et la modestie.

Le rugby, quant à lui, suppose la coopération entre partenaires, mais aussi le respect d’autrui à travers l’arbitre et les adversaires. Le combat collectif et les possibilités d’affrontement physique supposent le courage individuel et  la solidarité. C’est accepter le choc et la chute pour démarquer un partenaire, conserver ou recouvrer la possession de la balle. Enfin, il ne faut pas oublier la convivialité qui se manifeste après le match, la «  troisième mi-temps ».

C’est d’ailleurs pourquoi nous retrouvons des sports dans la liste du patrimoine immatériel de l'UNESCO, tel que le festival de lutte à l’huile de Kırkpınar en Turquie. Il se déroule à Edirne, en Turquie. Des milliers de personnes de différentes classes d’âge, cultures et régions se déplacent chaque année pour voir s’affronter les pehlivans (lutteurs) en quête de la ceinture d’or de Kırkpınar et du titre de pehlivan en chef. Ce qu'il fait que ce festival appartient au patrimoine culturel immatériel de l’humanité est qu’il est fortement enraciné dans la communauté des praticiens comme un symbole d’identité et de continuité mettant en valeur les vertus de générosité et d’honnêteté et resserrant les liens entre ses membres à travers la tradition et la coutume, contribuant ainsi à la cohésion et l’harmonie sociales.

2) Le sport c’est aussi de la sculpture, de la peinture, du cinéma, de la musique, de la littérature

Le musée national du Sport du parc des Princes et le musée du tennis du stade Roland-Garros sont les deux principaux musées français dédiés au sport. Il existe toutefois un grand nombre de musées traitant du sport répartis sur l'ensemble du territoire.

En littérature, outre le « Gargantua » de Rabelais, le sport inspira nombre d'auteurs à Daniel Picouly, « Le 13e but », en passant par Maurice Genevoix, « Vaincre à Olympie ».
Les sculpteurs signèrent quelques œuvres liées au sport tel Auguste Rodin « L'Athlète américain » (photo ci-dessous), Antoine Bourdelle « Héraklès archer » ou Aristide Maillol « Cycliste au repos ».

De nombreux peintres ont également pris comme sujet le sport, c’est le cas de Monet avec « Régates à Argenteuil » (ci-dessous), du cubiste Juan Gris avec « Rugby », d’Amedeo Modigliani avec « Joueurs de football », ou de l’un des artistes les plus importants du mouvement pop art américain Roy Lichtenstein avec « Balle de golf ».

Parmi les films de cinéma consacré au sport, nous pouvons citer « La Ligne droite » (2011), « Invictus » (2009) et « Million Dollar Baby » (2004) de Clint Eastwood, « Raging Bull » de Martin Scorsese (1980) ou « Rocky » (1976-2006).

La musique a également de nombreux liens avec le sport, Yvette Horner fut l'emblème musical du Tour de France de 1952 à 1963. Les hymnes officiels des coupes du monde de football deviennent bien souvent le tube d’un été, tel le Waka Waka de Shakira lors de la Coupe du Monde 2010. Sans oublier tous les chants de supporter.

3) Le sport, un art ?

Il y a-t-il un art du mouvement dans le sport ? Avant la performance, il y a la beauté du geste, la concentration, la précision du placement, l'attitude, puis un visage ou un corps déformé par l'effort, la joie de la victoire comme la déception de la défaite, il y a également la puissance et la vitesse qu'il s'agisse de l'homme, de l'animal ou de la machine. Les patineurs et les gymnastes ont le culte du geste gracieux, savent unir l’art et le sport, le rythme et l’art des mouvements.

Mais pour d’autres, la « création artistique » des champions n’est que la démonstration soignée d’un entraînement technique répétitif. Le sportif réaliste ne cherche pas la beauté mais le succès ; le beau geste est celui qui fait gagner. Où est la culture en boxe, le noble art ? Dans la beauté mortifère du K.O. ?

Réponse en 3 exemples :

- L'équitation de tradition française a été inscrite, le 27 novembre 2011, sur la "liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité". "Il y a deux concepts derrière l'équitation française", explique Patrice Franchet d'Espèrey, écuyer au prestigieux Cadre Noir de Saumur. "Le premier est philosophique, on ne va pas contraindre l'animal, on ne va pas employer la force et la violence, on recherche une relation harmonieuse", a-t-il souligné. "Notre relation repose sur ce qu'on appelle la légèreté, l'emploi d'un minimum de force. Au lieu de développer la force musculaire, on commence par développer sa flexibilité. Le deuxième est poétique, il consiste à mettre en valeur les qualités naturelles du cheval, à retrouver la beauté des allures quand il est en liberté. C'est l'élégance, la discrétion, la légèreté".

- Le patinage artistique possède un statut ambivalent entre art et sport, c’est pourquoi le jugement en patinage artistique et plus particulièrement l’épreuve de danse ne peut être soumis à une mesure complètement objective, comme c’est le cas de certaines activités sportives comme l’athlétisme pour lesquelles les instruments de mesure quantifient de manière fiable les performances.

La note est donc déterminée en fonction des qualités techniques (sauts, pirouettes, petits pas), ainsi que des qualités de patinage en général. L’appréciation finale comprend une note technique et une note artistique, le rythme, la technique et le choix de musique font parties des critères d’évaluation.

- Le freestyle est une discipline de glisse sur neige qui consiste à effectuer des figures à partir de structures en neige ou en métal. Le but recherché est multiple : performance, esthétisme du saut, sensations lors du vol, spectacle.

4) Sport et culture dans les Côtes-d'Armor

En 2012, le budget du Conseil général des Côtes-d'Armor s’élève à 588 millions d'euros, dont 10,42 millions pour la culture et 5 millions pour le sport.

Emmanuelle Castel-Granteral, quelle est la politique du Conseil Général des Côtes d’Armor vis-à-vis du sport ?

« Le Conseil Général veille, encourage et accompagne l'accès à la pratique du sport par tous et partout dans le département. Ainsi, il soutient à la fois le sport fédéral, le sport de haut niveau amateur, la formation des sportifs mais aussi les manifestations sportives. Il a placé au cœur de ses priorités actuelles l'élargissement des publics pratiquants en mettant en place des dispositifs et actions destinés à aller au-devant des publics féminins, atteints de handicap, ou scolaires moins pratiquants. »

Comment sport et culture interagissent dans les Côtes d’Armor ?

« Ces deux politiques interagissent en poursuivant le même objectif fondamental de démocratisation de l'accès à la pratique sportive et à la culture auprès de tous les publics et sur l'ensemble du territoire. L'enjeu d'aménagement du territoire en matière d'offre sportive et culturelle est donc au cœur des interventions, ainsi que l'accès.
Par ailleurs, le fait d'avoir "marié" ces deux politiques au sein de la même direction (de la Culture, des Sports et de la Vie Associative) permet de penser des dispositifs et actions associant les deux disciplines dès lors que c'est pertinent. 

Par exemple, « l'Europe au château » est une manifestation organisée le 13 mai prochain au domaine de la Roche Jagu. L'objet est d'être la fête de l'Europe et de la citoyenneté européenne. Lors de cette journée dont la thématique est l'Irlande, le public pourra découvrir ce pays à travers des propositions culturelles (concert, danse) mais aussi sportives (football gaëlique, rugby...) le tout dans un lieu patrimonial protégé au titre des Monuments Historiques. »

 

D) Le sport fait-il partie de l’histoire depuis toujours ?

Le sport est un phénomène quasi universel dans le temps et dans l'espace, "les peuples sans sport sont des peuples tristes". Il est difficile de situer historiquement les premières pratiques sportives car cela nécessite une approche interdisciplinaire et des connaissances multiples, notamment en histoire ancienne, en archéologie, en histoire classique, en anthropologie, en sociologie ainsi qu’une bonne compréhension de la nature du sport et du jeu. Nous ferons ici une étude chronologique.

Les vestiges archéologiques de pratique sportives les plus anciens datent de l’époque sumérienne (3000-1500 avant J-C). Il s’agit de tablettes d’argiles représentant des boxeurs. Les traces d’activités physiques se précisent avec la civilisation égyptienne, chez qui lutte, boxe, équitation et tir à l’arc sont pratiqués. Mais c’est en Grèce que la confrontation physique s’institue véritablement et que les compétitions périodiques sont fondées.

1) Antiquité

Les Anciens mettaient déjà sur le même plan éducation physique et intellectuelle. Pythagore était un brillant philosophe mais fut également champion de lutte puis entraîneur du grand champion Milon de Crotone.

Les Grecs pratiquaient d’autres activités physiques de délassement et d’entretien corporel en plus des épreuves olympiques, notamment de nombreux jeux de balle. Course, saut, lancer, lutte, boxe, pancrace (sport de combat grec), qui se déroulent à la palestre. La palestre est un haut lieu de l'éducation grecque et il s'agit d'un bâtiment central dans la culture grecque. Il sera à cet égard exporté dans toutes les aires d'influence de la culture grecque, on le retrouve ainsi communément en Asie Mineure mais aussi au Moyen-Orient, c'est-à-dire dans tous les lieux où les Grecs ont exercé leur hégémonie culturelle. Il fait partie de la conception grecque de l'homme accompli, conception récupérée plus tard par les Romains et que Juvénal synthétisa : « mens sana in corpore sano » (un esprit sain dans un corps sain).

L'Antiquité fut aussi l'âge d'or de la course de chars. Pendant plus d'un millénaire, les auriges, cochers des chars de course, étaient des stars adulées par les foules dans tout l'Empire romain.

2) Moyen Age

Des exercices des Anciens, il nous reste les vestiges des stades et des amphithéâtres. Au Moyen Âge et à l'époque moderne (jusqu’à la Révolution française), on ne construit plus d'équipements ludiques et sportifs de cette ampleur.

Le Moyen Âge et l'époque moderne sont en effet caractérisées par une activité ludique extrêmement diversifiée, mais on ne trouve plus d'activité sportive unificatrice, comme les Jeux olympiques grecs ou les Jeux romains. A l'image de la société féodale puis de la société d'ordre, il y a autant de jeux que de royaumes, autant de pratiques sportives que de classes sociales. Si on organise une activité fusionnelle, le spectacle de la joute, les fêtes sportives sur la place d'un village, la fusion s'arrête à l'espace du village, du bourg ou du château.

Le Tournoi, qui consiste à livrer une véritable bataille de chevaliers, mais "sans haine", est l'activité à la mode en Occident entre le XIe et le XIIIe siècle. Mais sa violence cause sa perte, en 1240 on compte ainsi soixante morts lors d’un tournoi à Neuss, et en 1260, le roi de France Saint Louis interdit la pratique du tournoi. En prolongeant le Moyen-Age jusqu’au XVI ème siècle, nous noterons que la mort dramatique du roi Henri II, atteint mortellement à la tête par le tronçon de la lance du comte de Montgomery, au cours des somptueuses fêtes chevaleresques données à Paris pour célébrer la conclusion du traité de Cateau-Cambrésis, laisse une situation incertaine du fait de tensions au sein de la noblesse entre catholiques et protestants. Tensions qui débouchent trois ans plus tard sur les tragiques guerres de religion.

3) De la Renaissance au XIXe siècle

La Renaissance, en retrouvant les textes des Anciens, sort le sport de l'indétermination dans laquelle il demeurait plongé au Moyen Âge : les sports médiévaux sont codifiés et connaissent un succès étonnant, comme la paume et la lutte. On se préoccupe à la Renaissance de l'utilité des exercices physiques et des motifs que l'homme peut avoir de cultiver son corps : on revient à l'exemple des Anciens.

Le jeu de paume s'impose donc dès le XIIIe siècle et jusqu'au XVIIe siècle comme le sport roi en Occident. Ce jeu de raquettes embrase Paris, la France puis le reste du monde occidental. En 1292, on recense 13 artisans spécialisés dans la confection des balles de jeu de paume à Paris qui compte environ 200 000 habitants. Ce nombre important (8 libraires seulement à Paris) de paumiers implique à l’évidence une pratique importante du jeu.

Le XVIIIe siècle voit le déclin du jeu de paume et le retour, des courses hippiques qui s'imposent comme le sport roi des XVIIIe et XIXe siècles.

4) Du XIXe siècle à aujourd’hui

A la fin du XIXe siècle, une véritable révolution culturelle prend place dans les grandes villes européennes, il s’agit de la pratique sportive. Parti d’Angleterre dans les années 1850, l’engouement des loisirs sportifs atteint la France une trentaine d’années plus tard. C’est en grande partie sous l’impulsion des milieux d’élite, qu’une catégorie de Français, notamment les jeunes éduqués dans des établissements scolaires de renommée, découvrent le rugby, l’aviron, le cricket ou l’athlétisme. La loi de 1901 sur les associations favorise et contribue à la création de nombreuses d’associations sportives de loisir. Aujourd’hui, le football est le sport numéro un sur la planète.

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